Les bananes du Sénégal doivent d’abord conquérir le marché local

Tous ceux qui ont déjà oublié une banane dans leur sac le savent : les bananes sont aussi délicieuses que fragiles. Et nous le savons aussi. Voilà pourquoi nous avons mis en place une filière avec Vredeseilanden (Rikolto) pour acheter et exporter vers la Belgique les bananes du Sénégal. Mais après nos tests, il s’avère que la qualité des fruits après ce transport n’est pas suffisante pour nos supermarchés. Avec nos partenaires, nous avons donc décidé, pour les années à venir, de nous lancer sur le marché local. Les agriculteurs peuvent ainsi augmenter leurs ventes.

Ce changement de cap ne signifie pas que nous ne verrons jamais de bananes du Sénégal dans nos rayons. D’ici là, nous continuerons d’aider les cultivateurs à améliorer leurs connaissances techniques et leurs infrastructures ainsi qu’à travailler de façon durable.

« C’est aussi notre ambition d’exporter vers la Belgique. », explique Leo Ghysels, de Vredeseilanden (Rikolto). « Nous travaillons avec APROVAG, une coopérative de cultivateurs de bananes sénégalais. Ce projet rassemble 149 agriculteurs dans une coentreprise au sein d’APROVAG, dans la ville de Nguène. Grâce à des formations et un accompagnement, ils ont obtenu leurs certificats pour l’agriculture biologique (bio) et pour le commerce équitable (Fairtrade). Les investissements qui ont été réalisés dans l’irrigation et les systèmes de rails de transport (imaginez un téléphérique à bananes) sont maintenant encore plus importants pour tous les groupes d’agriculteurs. » 

Quel était exactement le problème de l’exportation des bananes vers la Belgique ?

Leo : « Ce projet est en cours depuis quelques années, mais chaque étape demande plus de temps et d’argent qu’on ne le pense. Parfois, nous oublions dans notre enthousiasme que la livraison en quantité et de qualité d’un produit délicat comme la banane n’est pas facile, surtout pour des coopératives d’agriculteurs sans expérience.

transport de bananes par conteneur
Les bananes sont fragiles pendant leur long voyage du Sénégal vers la Belgique

Vous vous concentrez donc actuellement sur le marché local ?

Leo : « Oui. Le marché local est moins risqué et se développe très rapidement. APROVAG livrait auparavant des bananes en vrac (non sélectionnées, lavées ou emballées) à des acheteurs qui les acheminaient dans les grandes villes sénégalaises. Mais ils ont depuis établi des contacts avec des importateurs et grossistes à Dakar. La classe moyenne, en pleine expansion, paie des prix qui ne sont pas follement plus bas qu’en Europe : 900 francs CFA, soit 1,5 euro, le kilo. L’avantage est que les bananes sont livrées en boîtes. La qualité à Dakar est aussi importante qu’en Europe. Les agriculteurs locaux font face à la concurrence en provenance de Côte d’Ivoire. Les bananes proviennent de grandes plantations destinées en majorité au marché européen. Investir dans la chaîne du froid (cellules réfrigérées, transport frigorifique) est donc une condition de réussite importante. »

contrôle des bananes au Sénégal
La qualité sur le marché local est aussi importante qu’en Europe.

Le gouvernement sénégalais s’intéresse aussi à cette accélération ? 

Leo : « Oui, et nous fondons beaucoup d’espoir sur le marché local pour cette raison : le lancement d’un plan national pour la culture des bananes. L’implication des pouvoirs publics est déterminante. Ces derniers ont validé un plan d’investissement pour augmenter la production afin que le Sénégal ne doive plus importer de bananes. Ces investissements portent par exemple sur des infrastructures pour réguler le débit du fleuve Gambie ou le développement de crédits à faible taux d’intérêt pour les investissements dans des systèmes d’irrigation performants. »

« Nos collègues sénégalais et les membres d’APROVAG peuvent s’en féliciter. Ils ont inscrit ces questions à l’ordre du jour politique depuis de nombreuses années grâce à l’Union nationale des acteurs de la filière banane du Sénégal (UNAFIBS). »

Est-ce que cela signifie que l’objectif d’exportation est abandonné ?

Leo : « Si les conditions du marché changent, nous nous adapterons. Nous le faisons aujourd’hui et nous le ferons à nouveau à mesure que les conditions évoluent. 

Supposons que dans quelques années, ce plan gouvernemental entraîne une explosion de la production de bananes et que le marché devienne saturé. L’exportation pourrait à nouveau devenir intéressante. De plus, les agriculteurs auront progressé et l’aspect technique deviendra plus évident pour eux. Notre partenaire Agrofair – un importateur néerlandais – reste intéressé par le projet et voudrait diversifier l’offre de bananes en Europe. 

Mais la spéculation n’a pas beaucoup de sens. Au final, APROVAG doit être prête à réagir aux changements qui surviennent. L’association devra veiller à ne pas se laisser devancer par la concurrence, car ce plan gouvernemental va attirer d’autres acteurs. »

Leo : « Notre prochain défi consiste à travailler sur les livraisons aux grossistes à Dakar. Et surtout, découvrir comment rendre ce processus rentable. Dans cette optique, les différentes options de transport vers Dakar sont un facteur important. Tambacounda est situé près de la route très fréquentée vers le Mali et beaucoup de camions en reviennent à vide. Nous devons également étudier l’opportunité d’utiliser nos propres camions frigorifiques.

Cela suppose de pouvoir livrer régulièrement une quantité suffisante de bananes et de trouver d’autres livraisons pour ne pas revenir à vide de Dakar. Nous devons calculer, tester, et tirer des enseignements de nos expériences.

Système de transport par câbles
Les choses bougent : les investissements dans l’irrigation et les systèmes de transport par câbles s’étendent à tous les agriculteurs.

Un autre problème épineux est la question de la fertilisation. La production de fumier biologique est importante pour la certification. C’est pourquoi une petite entreprise de compostage a été installée à Sankagne, ce qui crée également des emplois pour les jeunes de la région. La mécanisation croissante doit permettre d’augmenter la production de façon systématique. L’irrigation et la fertilisation sont payantes, c’est certain. Dans le village de Nguène, où les agriculteurs ont reçu un soutien intensif, le rendement a plus que doublé.

La gestion est également un défi important à relever. Un syndicat d’agriculteurs n’a pas de vocation commerciale, voilà pourquoi une association à but lucratif a été créée, APROCOB. Mais rendre cette structure opérationnelle est un processus qui demande de la formation et du temps. Tous les membres doivent partager, se sentir impliqués et constater la valeur ajoutée de leurs cotisations.

Notre équipe sénégalaise s’engage à soutenir APROVAG dans ce sens au cours des trois prochaines années. Avec une option de cinq ans si nous obtenons les résultats souhaités. »

À court terme, nous ne trouverons donc pas de bananes du Sénégal dans les supermarchés Colruyt. Comment la collaboration entre Vredeseilanden (Rikolto) et Colruyt va-t-elle se poursuivre ?

Leo : « Notre collaboration avec Colruyt Group est bien plus large que ce projet. Depuis plusieurs années, nous avons un partenariat et des objectifs communs : nous cherchons à rendre les chaînes d’approvisionnement des produits plus durables. Nous travaillons sur des mécanismes qui apportent de la transparence, rendent possible la coopération à long terme, répartissent équitablement les risques et les profits, etc. Et comment le faire ? Nous recherchons des projets concrets. Dans cette optique, nous avons déjà beaucoup retiré de notre collaboration concernant les bananes sénégalaises. Mais nous travaillons également ensemble sur d’autres projets, comme le café du Congo ou le quinoa du Pérou. 

Il est clair que le travail est difficile, mais “difficile”, c’est notre métier. Tant chez Colruyt Group que chez nous, nous ressentons l’ambition et l’engagement pour nous faire avancer. »

Identikit

Naam: Leo Ghysels
Functie: conseiller programme pour les marchés modernes

Emploi ? • J’accompagne des syndicats d’agriculteurs pour les aider à accéder aux systèmes de marché modernes, tant pour les marchés locaux qu’à l’exportation.

Énergie ? • Quand une association ou une coopérative parvient à mettre en place une organisation moderne, pragmatique et qui place la prospérité de ses membres au cœur de ses opérations, j’en retire une immense motivation.

Projet le plus intéressant ? • La commercialisation des bananes d’APROVAG au Sénégal est un projet intéressant. Tout comme Vinos Lautaro, une coopérative vinicole chilienne dont je m’occupe depuis 20 ans. 

Leo Ghysels

Sénégal : jeunes filles à l’école

La Collibri Foundation collabore avec APRODEN, une association locale de défense du droit des enfants, pour un projet de formation dans la même région. L’objectif est de scolariser les jeunes filles de Tambacounda le plus longtemps possible.

En savoir plus

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